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Ben, Mad Max, les Arme Fatale qui sont plutôt bons, la Rivière, Braveheart que j'ai bien aimé, Maverick, la Rançon, Complots, Payback, Chicken Run (voix de Rocky), Nous étions soldats...
Mad Max comme j'ai dis le premier est sympa mais bon ça reste du ken le survivant en film...
arme fatale : euh hum, no comment !
la riviere : pas vu
braveheart : disons que les combats sont excellents, mais le scénario est un véritable abysse de clichés, selon moi (en plus la marceau je peux pas me la sentir moi)
maverick : no comment non plus
la rançon : pas vu
complots : j'ai dormi (chose rare)
payback : m'en rappelle plus donc ça doit pas m'avoir emerveillé
chicken run : ben je l'ai pas vu en vo...
nous etions soldats : pas vu
Provient du message de gameslover Pis il y a également une raison pratique... je suis beaucoup plus tranquille pour aller voir un film loin de Neuch !!! En effet, ici, impossible de ne pas tomber sur des amis et après ça donne un film gâché !!! Ils ont le don de se taper l'incruste et de faire les cons tout le long du film, attroce !!
Quand t'aura fini de te la péter Games... Je sais que Neuch' doit pas dépasser les 20'000 habitant, mais bon... De là à faire 2 heures de route aller-retour pour aller voir un film à Lausanne... Y a un seul ciné à Neuch ?
Et pis j'espère que les gaillards que tu connais fréquentent pas le forum, sinon ils vont être contents de l'opinion que tu as d'eux !
Quand t'aura fini de te la péter Games... Je sais que Neuch' doit pas dépasser les 20'000 habitant, mais bon... De là à faire 2 heures de route aller-retour pour aller voir un film à Lausanne... Y a un seul ciné à Neuch ?
Et pis j'espère que les gaillards que tu connais fréquentent pas le forum, sinon ils vont être contents de l'opinion que tu as d'eux !
J'étudie principalement sur Fribourg... je ne suis que rarement sur Neuch durant la semaine... je ne ferais pas de la route exprès... paresseux comme je suis
Pis à Lausanne y'a Metrociné !!! Franchement ça vaut le déplacement !!! Y'a pas ça à Neuch !!! Mais c'est Fribourg où je vais le 75% du temps...
Sinon les potes en question savent bien ce que je pense d'eux, je le leur répète sans arrêt
Je crois en plus qu'ils prennent plaisir depuis qu'ils le savent à venir pour me taquiner
Bon, je vous copie/colle le texte qu'à tapé un pote étudiant en Histoire d'un autre forum après avoir vu le film. Ce n'est pas vraiment une critique, vu qu'il l'avoue lui même, il ne sait pas s'il a bien aimé le film ou non, à vrai dire quand je lui ai fait remarqué il m'a dit qu'il ne s'était même pas posé la question.
C'est vraiment interessant à lire, mais je vous préviens, c'est long.
(Machiavel si tu nous lis, je te salue).
Voila, ça commence. Bon courage :
"Hier, je suis allé voir La passion du Christ de Mel Gibson. Pour commencer, j’ai été assez surpris de voir la diversité du public dans la salle. Je m’attendais à être uniquement accompagné de vieux. Il n’en a rien été. Je signale également la réplique amusante de l’ouvreur du ciné qui, lorsqu’il ôta le cordon qui nous empêchait d’entrer dans la salle, dit : « Les spectateurs qui vont voir le Christ, vous pouvez avancer ». J’ai imaginé Jésus assis en bas, pour un débat et une séance dédicace.
A présent, voyons le film dans son ensemble. Evidemment, je donne ici le déroulement complet de l’histoire mais c’est un peu comme si je vous disais que le Titanic coule à la fin. Je ne soulignerai pas tous les détails du film, sans quoi j’y serai encore dans quatre heures. Si vous ne désirez pas du tout connaître l’histoire ou les scènes du films, allez directement à la partie « Le message » après la partie 6.
Allons-y.
PARTIE 1 : La trahison de Judas
Au début du film, Jésus est au mont des oliviers avec Simon Pierre (l’acteur ressemble un peu à John-Rhys Davis) et les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean. Tout y est bleu car dans les films, la nuit est bleue. Ca donne d’ailleurs une bien belle image et Gibson en profite pleinement. Un début de film (et un film dans sa totalité) qui donne la part belle à l’esthétique. Pendant ce temps, Judas vend le Christ aux principaux sacrificateurs pour trente pièces d’argent. Cette scène a elle seule donne le ton. L’un des anciens attrape une bourse et la lance au ralenti à Judas. Il ne fait pas trois pas en avant pour la poser dans sa main. Non, il lui lance au ralenti. La passion du Christ est avant tout une adaptation très hollywoodienne d’un passage du Nouveau Testament, ne l’oublions pas. Chaque évènement cité dans la Bible, quel qu’il soit est l’occasion de faire du spectaculaire, du visuel. Ainsi, après que Judas ait donné un baiser à Jésus (le célèbre kiss of Judas), Matthieu écrit dans son évangile : « Et voici, un de ceux qui étaient avec Jésus étendit la main et tira l’épée ; il frappa le serviteur du souverain sacrificateur, et lui emporta l’oreille ». Dans le film, il y a une sacrée bagarre avec Pierre se battant vaillamment contre les soldats. Voilà, avec ça, vous voyez à quoi nous avons réellement à faire. Gibson est sans cesse à mi chemin entre l’adaptation pure et simple des Ecritures et des écarts permanents qui rendent bien à l’écran. Lorsque Jésus dit au souverain sacrificateur qu’il est le Fils de l’homme, ce dernier « déchira ses vêtements, disant : Il a blasphémé ! ». Dans le film, l’acteur déchire ses vêtements et dit : Il a blasphémé. Au Mont des oliviers, toute une foule arrive avec des épées et des bâtons pour arrêter le Christ. Dans le film, il n’y a que quelques hommes armés, sans quoi la scène de la bagarre aurait été difficilement réalisable. Voir Pierre se jeter l’épée en avant, c’est déjà étrange (même si ça apparaît dans l’évangile de Jean) mais le voir se battre contre une vingtaine de personnes, ça confinait à la bêtise.
PARTIE 2 : Jésus devant le souverain sacrificateur
Le Christ passe donc ensuite devant les sacrificateurs qui cherchent à l’accuser. Ils l’accusent finalement de blasphème, lui crachent dessus et le frappent. Pierre le renie trois fois. Jusque là, rien à signaler de particulier. Gibson ajoute Marie et Marie-Madeleine dans ces scènes, sans doute pour la continuité. Avouons cependant que leur présence quasi permanente est réduite au strict minimum. Elles pleurent la plupart du temps. D’ailleurs, Monica Belucci doit avoir deux lignes de dialogue au début du film. Ensuite, elle ne fait que pleurer et ne dit plus un seul mot jusqu’à la fin. Ensuite, Judas interprété par un acteur qui ressemble à Patrick Fiori, se repent, rend l’argent. La prise de conscience de son péché est traitée (trop) longuement et il finit par se pendre.
PARTIE 3 : Jésus devant Pilate
Les sacrificateurs mènent Jésus à Ponce Pilate. Ce dernier l’interroge et ne trouve aucune raison de le condamner. A partir de là, Mel Gibson s’est lâché. Pour commencer, il donne à Pilate une femme. Il en avait une et sans doute s’appelait-elle même Claudia, comme dans le film. Elle apparaît même dans l’évangile de Matthieu. A partir de quelques lignes, Gibson fait un peu jouer à cette Claudia le rôle de la conscience de Ponce Pilate et ce dernier, chaque fois qu’il s’adresse aux sacrificateurs, la voit à une fenêtre du coin de l’œil comme s’il était forcé de choisir entre sa conscience (sauver le Christ car il le pense non coupable) et éviter une émeute (condamner le Christ pour sauver sa place). Gibson parle d’ailleurs légèrement de la carrière de Pilate, gouverneur menacé par César. A bien y réfléchir, Ponce Pilate est l’un des personnages les plus intéressants du film. Il faut bien se rendre à l’évidence, ce film ne traite aucun personnage en profondeur. Mel Gibson s’en moque. Après tout, ne voulait-il pas sortir son film sans aucun sous-titre, arguant que tout le monde connaissait déjà l’histoire ? Ici, Gibson n’approfondit pas Jésus, ni même Marie ou Marie-Madeleine, ni les apôtres, ni les anciens, ni le peuple, ni personne. Gibson adapte les dernières heures du Christ considérant que les pages précédentes des évangiles sont connues de tout un chacun. Il s’autorise parfois quelques flash-back qui ne sont pas là pour donner de la profondeur à Jésus mais davantage pour mettre en évidence sa nature prophétesse. Donc, seul Ponce Pilate, par quelques scénettes, notamment avec sa femme, a le droit à un traitement de faveur. Ce partie pris de Mel Gibson aura vite fait d’en convaincre beaucoup qu’il a voulu rendre Pilate gentil et l’innocenter de la condamnation à mort de Jésus au détriment des juifs. Chacun pensera ce qu’il voudra. Les ajouts, je ne suis pas contre. Ceux-ci sont neutres, ils ne changent pas grand-chose à l’histoire.
Ensuite, Mel Gibson délaisse Jean et va trouver la suite dans l’évangile de Luc. Ponce Pilate va dire aux principaux sacrificateurs que Jésus est de Galilée, qu’il dépend donc d’Hérode (l’homme à la perruque) et que c’est à ce dernier de le juger. Le Christ est à nouveau interrogé et il ne parle pas. De retour avec Pilate, ce dernier dit aux sacrificateurs que ni Hérode, ni lui-même n’ont trouvé raison à sa condamnation. Comme le veut la coutume, Pilate libère un prisonnier pour la fête de Pâque. La foule a le choix entre Jésus ou le meurtrier Barabbas, un gros barbu qui tire la langue. Les sacrificateurs choisissent Barabbas malgré l’insistance de Pilate qui ne comprend pas leur choix. Ne voulant pas le condamner à mort, Pilate décide de punir durement le Christ dans l’espoir de calmer la foule par cette sanction exemplaire. Enchaîné, Jésus est donc frappé par les légionnaires romains. Là, nous avons droit à huit minutes environ d’un véritable carnage. Deux romains armés de différents ustensiles de torture massacrent le dos du Christ. Ca dure et ça dure encore. Lorsque Jésus, à moitié mort est allongé par terre, baignant dans son sang, on pense que c’est terminé. Seulement, il se relève, un peu comme le héros d’un film d’action qui ne peut décemment pas se montrer faible face à son ennemi. Détail amusant, s’il en est, les paroles des romains (en latin, donc), ne sont pas traduites dans cette scène. Et pourtant, on comprend bien que les deux tortionnaires se font chambrer par les légionnaires spectateurs car après avoir frappé comme des bÅ“ufs pendant cinq minutes, leur victime parvient à se relever. Nous étions donc heureux de voir la tuerie se terminée et nous avions tort. Jésus est à nouveau debout ? Soit, on va en remettre une couche mais avec des outils encore plus pervers. Je vous passe les détails de la deuxième partie du supplice. Sachez seulement qu’elle connaît son point d’orgue lorsque l’un des deux romains sadiques plante son martinet dégueulasse dans le flanc du Christ et en un sublime ralenti le tire d’un coup sec, arrachant des lambeaux de chair sanguinolents. Croyez-moi, si vous pensez qu’en le lisant, c’est infect, sachez que c’est pire à l’écran. Ensuite, en deux mots, ils le mettent sur le dos pour lui massacrer le torse et le ventre. Finalement, un romain, sous-fifre de Pilate, vient les arrêter. Le corps lacéré et littéralement déchiré du Christ est enlevé, laissant une trace de sang sur cinq mètres. On ne peut pas nier que Mel Gibson a un certain talent pour transformer un simple « Alors Pilate pris Jésus et le fit battre de verges » en une séquence gore.
Ensuite, à moitié mort, couvert de plaies béantes, Jésus est humilié par les soldats romains. Ils lui mettent la couronne d’épines et lui donne son roseau avant de le frapper. Pilate retourne parler aux sacrificateurs et au peuple. On lui amène Jésus, estropié. Pilate est surpris. On le voit bien, d’ailleurs, étonné, jeter un coup d’œil non pas à sa femme mais à son sous-fifre (celui qui a arrêté la boucherie) de l’air de dire « là, les gars, vous y êtes allés un peu fort ». Sur bien des éléments, il ressort que Gibson ôte toute responsabilité à Ponce Pilate. Tout ceci a été ajouté, ce n’est pas une adaptation à la lettre de la Bible. Gibson insiste, par ses ajouts, sur l’innocence du gouverneur romain. Si Pilate consent à condamner Jésus à la crucifixion, c’est après avoir été réellement surpris de la décision du peuple de vouloir sauver Barabbas (présent dans la Bible), effrayé par l’insistance des principaux sacrificateurs (dans la Bible aussi) et après s’être dégagé de toute responsabilité (il s’en lave les mains). En fait, Gibson a déduit de sa lecture des évangiles que Ponce Pilate ne pouvait être tenu pour responsable de la condamnation du Christ et a fortement appuyé ce point dans le film. Cependant et je vois déjà venir les accusations d’antisémitisme qui ont accueilli la sortie du film. Gibson n’accuse pas les juifs en contrepartie. Lors des scènes opposants Pilate aux sacrificateurs et au peuple, il est bien montré que ce sont les souverains sacrificateurs qui parlent au non du peuple et ensuite le peuple répète ce que disent les sacrificateurs. De simples suiveurs, donc, comme l’histoire en a connu beaucoup. J’y reviens dans la conclusion.
Pilate est donc surpris. Il montre Jésus à la foule et dit son mythique « ecce homo », seul dialogue du film que j’ai compris. Les sacrificateurs demandent qu’on le crucifie et haranguent la foule. Rendu célèbre par l’évangile de Matthieu, nous ne pouvions échapper à la scène des mains lavées. Pilate se fait apporter de l’eau et s’en lave les mains. Ponce Pilate qui ne dit pas « Voici l’homme » et qui ne s’en lave pas les mains n’est pas vraiment Ponce Pilate. Et puis c’est comme la bourse avec les trente pièces d’or qui s’envole au début du film. C’est beau, c’est symbolique, ça rend bien.
Barabbas est donc libéré (et il tire la langue), Jésus est condamné à la crucifixion et est emmené par une cohorte.
PARTIE 4 : Le chemin de croix
Tout juste évoqué dans la Bible, le calvaire est dans le film une longue séquence assez répétitive qui voit Jésus porter sa croix et tomber régulièrement, succombant à la douleur et à la fatigue. Chaque chute est l’occasion d’un impressionnant ralenti et de quelques bons plans avec des caméras subjectives qui tournent. Ce chemin de croix donne lieu à trois évènements particuliers.
En premier lieu, Marie (encore !), Marie-Madeleine et celui que j’identifie comme étant Jean (le jeune apôtre qui prévient Marie au début du film que son fils a été pris) suivent le Christ. Entouré d’une grande foule, ils sont obligés de faire un détour pour arriver à sa hauteur et là, on est en plein drame hollywoodien. Alors que Jésus trébuche à nouveau, Gibson fait un parallèle avec Jésus enfant qui tombe. Et Marie se précipite sur lui pour le relever, sur le Jésus enfant comme sur le Jésus adulte en lui prononçant les mêmes phrases. Marie est une mère aimante qui n’a jamais renié son fils quoi qu’il arrive. Elle est omniprésente dans le film. Vision tout à fait catholique de la chose, le culte marial et j’en passe. Bibliquement parlant, entre le baiser de Judas et la crucifixion, la mère de Jésus ne fait rien.
Ensuite, c’est au tour du brave Simon de Cyrène d’apparaître. Ce dernier qui passait par là (c’est tout du moins l’impression qu’il donne dans le film. Dans la Bible, il revient des champs) est réquisitionné par les légionnaires pour porter la croix du Christ qui n’a plus les capacités physiques de le faire.
Troisième évènement, une femme qui m’est tout à fait inconnue s’agenouille devant le Christ qu’elle appelle seigneur et lui offre son voile pour qu’il s’essuie le visage. Elle lui donne ensuite une coupe (de vin ? d’eau ?) qu’un soldat romain repousse avant de la chasser. On peut se demander d’où sort cette femme. Personne ne vient proposer à Jésus de se désaltérer dans les évangiles. Peut être Gibson a-t-il voulu montrer que l’ensemble du peuple n’était pas contre lui. Car à l’exception du trio récurrent Marie, Marie-Madeleine et Jean, personne ne semble faire autre chose que d’insulter le Christ durant son parcours jusqu’au mont Golgotha. Les femmes qui se frappent la poitrine et se lamentent dans l’évangile de Luc n’apparaissent pas dans le film (où alors elles sont bien cachées). Cette femme qui vient aider Jésus au milieu du tumulte symbolise sans doute la frange sympathisante du Christ.
J’ouvre un aparté pour dire que j’ai apprécié l’ajout de l’entrée dans Jérusalem à dos d’ânon (en caméra subjective). Lorsque le Christ chancelle au milieu de la foule hurlante, on voit les gens crier au ralenti en caméra subjective. La caméra danse de droite à gauche et par flashs, les gens sur le bord du chemin jètent des rameaux d’oliviers sur le sol et on voit au premier plan la tête d’un ânon. Affrontant le peuple furieux, Jésus se souvient de son entrée dans Jérusalem et le peuple l’accueillant avec des rameaux d’olivier (oui, les rameaux en mars, c’est ça). L’ancien accueil du peuple pour son roi et les insultes présentes.
Après avoir mordu la poussière à plusieurs reprises, encouragé par les hurlements de Simon de Cyrène, le cortège arrive au mont Golgotha. Mais que ce fut long et difficile. Lorsque Cabrel dit « elle était belle comme un chemin de croix », c’est une belle connerie. Ou bien la fille est un indéfinissable laideron.
PARTIE 5 : La crucifixion
Avant dernière partie du film, la crucifixion. Si une chose fut réellement éprouvante durant ce film, ce fut l’hécatombe des coups de verges. Croyez moi, la crucifixion, c’est pire. Enfin, disons que c’est différent. Le Christ qui se fait lacérer le dos pendant 8 minutes, on est immunisé à la 3ème minute. Mais les clous plantés dans les mains, dans les pieds, la croix basculée pour retourner la pointe des clous puis remise à l’endroit, le tout sans ménager le Christ hurlant de douleur, recouvert de sang des pieds à la tête… ça, c’est horrible. Disons que le fouet, la peau lacérée, ça reste relativement commun au cinéma. Mais un clou planté au marteau dans un pied, c’est suffisamment rare pour être écÅ“urant. D’ailleurs, Mel Gibson, Dieu sait pourquoi (c’est le cas de le dire) ne montre pas le clou enfoncé dans les pieds alors qu’il ne nous épargne pas les mains. Le Christ est donc crucifié. A sa droite et à sa gauche se trouvent deux autres condamnés que nous avions un peu vus au départ de Jésus. L’un des deux malfaiteurs (celui qui ne se repent pas, s’était moqué du Christ lorsque celui-ci embrassait sa croix) se fait picorer l’œil par un corbeau alors que l’autre reconnaît en Jésus le Messie. Au pied des crucifiés, les moqueries vont bon train. Ensuite, « Il y eut des ténèbres sur toute la terre ». Pour Mel Gibson, ça veut dire qu’un nuage passe devant le soleil. Il est d’ailleurs étonnant que les soldats romains, en train de jouer aux dés, s’inquiètent pour un cumulo nimbus. Souffrant le martyre, le Christ lance l’une de ses répliques connues « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Eli, Eli, lama sabachtani en version originale). Marie, Marie-Madeleine et Jean sont toujours là. Jésus parle à sa mère et à Jean. Et puis finalement, il dit qu’il a soif. Sur le coup, j’ai trouvé que c’était étrange que Jésus, crucifié, dise « j’ai soif ». Pourtant, Jean 19.28, rien à redire. Comme quoi, il y a des détails plus ou moins importants qu’on oublie vite. Un légionnaire imbibe une éponge et la donne à Jésus au bout d’une lance (et non d’une branche d’hysope. Les soucis du détail pour Gibson, c’est une fois sur deux). Puis Jésus sait que tout est terminé alors il rend l’âme ou plutôt l’esprit comme c’est dit dans la Bible.
PARTIE 6 : Mort et ressuscité
A la mort du Christ la terre se met à trembler, de la caillasse tombe dans le ravin, le temple se coupe en deux. Afin que les corps ne restent pas sur leur croix pendant le sabbat, les romains leur cassent les jambes pour accélérer leur mort. Avec l’impossibilité de soutenir son corps avec ses jambes, on meurt plus vite étouffé, c’est comme ça. Les jambes des deux brigands sont donc brisées avec des massues. Encore un grand moment ignoble. Le soldat a peur de le faire pour le Christ et de toute façon, il est indéniable que Jésus est déjà mort. Pour s’en assurer cependant, le soldat prend sa lance et perce le flanc du Christ d’où sort de l’eau et du sang. Enfin, le corps de Jésus est descendu. Normalement, il s’agit de Joseph d’Arimathée qui en demande l’autorisation à Ponce Pilate (Oui, oui, celui qui a récupéré le Graal selon le troisième épisode d’Indiana Jones). Dans le film, c’est surtout Marie qui donne l’impression d’en prendre l’initiative. Mais mettre le corps sans vie et ensanglanté de Jésus dans les bras de sa mère, c’est dans la continuité des autres interventions de Marie ajoutées par Gibson dans le film.
Dernière scène du film. La grande pierre roulée à l’entrée du sépulcre où repose le Christ est enlevée. En un panoramique, nous voyons l’entrée, le plafond puis le linceul blanc. Ce dernier s’affaisse sur la pierre, le corps du Christ a disparu. On voit alors Jésus assis. Ce dernier se lève, nu et sa main s’arrête à hauteur de la caméra. On y voit un énorme trou pour bien nous montrer qu’il ne s’agit pas d’un flash-back. Jésus se met alors à marcher et sort du champ. Imaginez le Christ style Arnold Schwarzenegger, nu comme un ver qui se lève d’un air décidé. Il aurait dit « I’ll be back ! » ou « Maintenant ça va chier !», ça n’aurait surpris personne. Il s’agit d’une idée plutôt idiote de Mel Gibson. Ce final est pour le moins risible et reste malheureusement la dernière image du film.
Donc, voilà ce qu’il en est.
(Suite au prochain post.)
Dernière modification par Poulpe, 04 avril 2004, 13h36.
"With reasonable men, I will reason; with humane men I will plead; but to tyrants I will give no quarter, nor waste arguments where they will certainly be lost."
-William Lloyd Garrison (1805-1879)
LE MESSAGE
Maintenant, je vais vous donner (oui, grosse révélation) le message qu’a voulu faire passer Mel Gibson. Ou tout du moins, je vais vous dire ce que j’ai compris, ce que j’ai déduit du visionnage attentif de La passion du Christ. Par cette explication, je vais en profiter pour répondre à quelques questions que beaucoup se sont posées à propos du film.
Pour commencer, on peut se demander pourquoi Mel Gibson a réalisé ce film et surtout pourquoi il l’a réalisé de cette façon. Pour ma part, j’en reviens à une citation biblique. Ca fait bien de citer la Bible comme ça. A mon avis, tout part de « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il est la vie éternelle ». Il s’agit du fameux Jean 3.16 (oui, John 3:15/3:16 que connaissent tous les fans de foot qui ont vu des matches à la télé il y a une quinzaine d’années. Aujourd’hui, ça ne se voit plus trop). L’idée de départ est donc simple, Jésus est mort pour nos péchés. Tout le film tourne autour de ça. Le faire commencer à la trahison de Judas et le faire se terminer à la crucifixion, c’est se focaliser sur les souffrances et la mort du Christ. Qu’en tire le public ? En gros, le spectateur en déduit que croire, c’est bien et que ne pas croire, c’est mal. Un peu comme on peut déduire des films sur le Vietnam que la guerre, c’est mal alors que la paix, c’est vachement bien. Ceci est montré bien des fois et je ne citerai pas toutes les scènes. Tenons nous en aux visions de Judas avant son suicide. Tout ceci a été ajouté par Gibson pour montrer que trahir le Christ donc ne pas croire, c’est mal. Malgré son repenti, Judas est poursuivi, devient à moitié fou et va se pendre. Pareillement, le méchant malfaiteur crucifié à la droite du Christ se fait manger l’œil par un corbeau. Ce n’est pas celui de gauche qui se fait picorer l’œil parce qu’il croit. Par plusieurs coups d’œil, Jésus signifie également à certaines personnes que ce qu’ils font est bien parce qu’ils croient (le serviteur des sacrificateurs à l’oreille coupée, Simon de Cyrène, la femme qui lui apporte à boire). D’ailleurs, ces trois personnages quittent Jésus à genoux.
Ensuite et là se trouve le message essentiel et le plus flagrant du film, Mel Gibson montre simplement ce que Jésus a du endurer pour sauver les hommes de leur péché. On voit le Christ affronter les évènements sans sourciller. Questionné il ne dit rien, sous la torture il ne dit rien, humilié il ne dit rien. Lorsque Pilate lui dit qu’il a le pouvoir de le crucifier et qu’il est grand temps pour lui de prendre la parole s’il veut se sauver, Jésus se contente de dire une phrase à la Jésus du style « Celui qui me livre a toi commet un plus grand péché ». Gibson montre clairement que Jésus est convaincu du bien fondé de ses actes, sa part divine transcende sa moitié humaine. Tout cela est dans la Bible, Gibson n’a rien inventé. Le Christ sait qu’il doit endosser les péchés de l’humanité et qu’il doit mourir sur la croix dans d’abominable souffrance. C’est par ce sacrifice qu’il l’emporte sur le diable. Enfin, c’est Jésus, quoi. Après, c’est l’occasion de faire la scène de la torture. Ca dure une dizaine de minutes et c’est répugnant. Derrière sa caméra, Mel Gibson nous dit « Voyez, c’est ça qu’il a enduré et il l’a fait pour vous ». Puis le calvaire, la croix sur le dos. Le chemin de croix est une succession de scènes essentielles du film. L’auteur d’évangile le plus prolixe à ce sujet est Luc. Il y consacre 23 lignes dont 11 pour une citation du Christ (qu’il adresse aux femmes qui le suivent). Là où Jean écrit « Jésus portant sa croix arriva au lieu du Crâne », Gibson en fait un scène clé du film. Il fallait faire preuve d’imagination pour faire durer cette phrase plus de 10 minutes. Seulement, Jésus qui n’est alors plus qu’une plaie béante, des gens qui hurlent, des soldats romains qui fouettent, le Christ qui succombe à la fatigue et tombe au ralenti dans la poussière quatre ou cinq fois, ça donne du matériel à Mel Gibson. Derrière sa caméra, il peut encore nous dire « Voyez, c’est ça qu’il a enduré et il l’a fait pour vous ». La crucifixion, c’est la même chose. Gibson voulait montrer que le Christ avait souffert, qu’il était passé par toutes les étapes de la destruction physique et mentale d’un homme mais qu’il l’avait fait, vaillamment, continuant à crier à Dieu qu’il faut pardonner aux hommes qui ne savent pas ce qu’ils font. Le flash back où on voit Jésus prêcher dans le désert (il a un peu trop de fond de teint, d’ailleurs. On dirait un acteur de western spaghetti) quand il dit qu’il faut aimer son ennemi, Gibson ne le balance pas ici au hasard, parce qu’il a avait de la bobine en trop. Avec ce flash back, il nous montre que ce n’était pas du pipeau. Même lorsqu’il est confronté à la mort et humilié, Jésus s’en tient à sa ligne de conduite et à ses paroles. Il est l’intégrité comme dans une chanson de Manigance.
De plus, Gibson redéfinit le calvaire du Christ et la crucifixion. Avant, quand on nous disait que Jésus a été mis en croix et qu’il est mort ainsi, on se fiait aux représentations. On imaginait une croix, un panneau INRI (présent dans le film d’ailleurs mais en trois langues, conformément à la Bible et non pas avec des initiales conformément à un mensonge qui est censé faciliter la compréhension. Evidemment, vous savez ce que ça veut dire INRI. Hmm ? Au mieux, vous me direz « Ouais, c’est Jésus roi des juifs en latin ». En fait, il s’agit de Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum. Voilà, vous pourrez le ressortir à l’occasion) et le corps émacié du Christ qui reposait en paix, la mine paisible. On peut le voir dans n’importe quelle église catholique. Maintenant, après avoir vu le film de Gibson, ça n’a plus trop le même sens. Ce que veut Mel, c’est qu’à présent, en pensant à cet évènement, on se remémore une tuerie, un pauvre gars innocent qui s’est fait massacrer, a enduré les pires maux et a rendu le dernier souffle sur une croix, le corps lacéré et couvert de sang. Du coup, c’est beaucoup moins drôle.
Voilà pour ce qui est de la violence de l’ensemble du film. L’explication ne justifie pas une certaine complaisance de la part de Gibson. Mais l’explication que je donne explique. C’est le rôle de toute explication.
Enfin, si la violence exacerbée de certaines séquences peut s’expliquer par le désir de Mel Gibson de faire passer un certain message, qu’en est-il de ce parti pris assez évident pro-Ponce Pilate ? Eh bien, croyez-le ou pas mais il s’en sert pour faire passer le même message que précédemment. Déjà, dans le Nouveau Testament, Pilate est plutôt mis hors de danger. Comme je l’ai déjà souligné, il est dit effrayé et insiste pour libérer Jésus. Gibson s’assoit simplement et pèse sur cet aspect du personnage. Pilate finit par devenir assez sympathique dans le film. Mais pourquoi donc ? Je pense que Gibson a voulu rejeter au maximum la faute sur les sacrificateurs. Mais pourquoi donc ? Je pense que Gibson l’a fait pour accentuer la mission du Christ et la prophétie, le boucle bouclée, le cercle cerclé. Il existait une frontière entre Dieu et le peuple, les sacrificateurs étaient l’intermédiaire. Ils représentaient le lien entre les hommes et Dieu. Jésus, en mourant, endosse les péchés des hommes et ôte la limite entre Dieu et les humains (c’est la métaphore de la destruction du voile du temple dans la Bible. Pas très visible dans le film. Une fissure dans le sol du temple, quand on ne connaît pas cette histoire de voile, on ne comprend pas). Le peuple, par l’intermédiaire de Jésus, peut accéder à Dieu. On n’a plus besoin des sacrificateurs. Le sacrifice de l’agneau quand on a quelque chose à se faire pardonner est exécuté par les sacrificateurs. Un péché est emporté lorsque le sacrificateur tue l’agneau. Les péchés de l’humanité sont emportés lorsque les sacrificateurs tuent le Christ. Ce film n’est pas antisémite, il est simplement une ode au Christ et à sa mission salvatrice. Faire passer un message ainsi, c’est assez osé, je vous l’accorde. Quiconque n’a pas une culture religieuse suffisante ou qui ne se donne pas la peine de comprendre n’y verra qu’une succession de scènes violentes. En même temps, quelqu’un qui comprend peut également n’y voir qu’une succession de scènes violentes.
Quant à savoir si je vous conseille le film, je vous avoue que je n’y ai pas réfléchi. Pour les plus récalcitrants, attendez une sortie dvd et passez les passages les plus barbares. Et puis dites vous qu’il s’agit d’une adaptation personnelle (comme toute adaptation) extrêmement imagée et visuelle qui offre une mise en scène appréciable. Et de ce point de vue, c’est même très réussi.
Bravo à celui qui est arrivé jusque là. Tu récompenses des heures d'écriture, de discussions théologiques et de lecture de la Bible. Merci à toi."
"With reasonable men, I will reason; with humane men I will plead; but to tyrants I will give no quarter, nor waste arguments where they will certainly be lost."
-William Lloyd Garrison (1805-1879)
J'ai lu avec attention ce tex... euh... pavé et j'aimerais juste réagir sur certains points (et j'ai bien dit réagir, pas contester). Je le dis déjà, je n'ai pas vu le film, donc je ne me base que sur mes connaissances de catéchisme et ce que tu as écrit. Autre précision, je ne suis absolument pas croyant, j'apprécie surtout le côté littéraire et philosophique des Evangiles, mais n'y trouve aucun côté historique...
Primo, je sais pas si ça vient de moi, de l'enseignement que j'ai reçu, ou des Evangiles elles-mêmes, mais Ponce Pilate m'a toujours semblé être décrit comme un bonhomme limite innocent qui a plusieurs fois tenté de faire changer d'avis la foule... Donc, même si le trait semble forcé, c'est un peu l'idée de base, non ? A mon avis c'est un artifice assez habile d'une certaine manière : Si Ponce Pilate était le seul responsable, le sacrifice n'aurait pas autant de poids (Il s'agirait plus d'une sorte "d'assassinat"... "UN salopiot a condamné Jésus, c'est SA faute"). La foule renvoie la faute sur toute l'humanité qui n'a pas su voir qui il était (enfin, je pense...).
Secundo, tu sembles regretter le manichéisme du film et pourtant, il n'y a pas plus Bon/Méchant que dans les Evangiles à mon avis... Les Bons sont des Saints ultimes et les Mauvais sont vraiment TRES TRES mauvais. Donc, ce n'est pas tant l'adaptation qui est Hollywoodienne, mais plutôt Hollywood qui a un peu trop tendance à taper dans les clichés d'il y a 2000 selon moi...
Tertio, c'est connu et reconnu que Mel (je suis content de voir que vous êtes intimes à la fin de ton texte :-p ) est un catholique intégriste de base, on voit vite où il veut en venir. Donc, sur le coup, je suis d'accord avec toi : ce qui aurait pu être suggéré finement devient un spot publicitaire pour les abattoires municipaux (Les extraits m'ont suffi, merci bien...)
Enfin, je suis assez étonné par cette oscillation entre adaptation parfaite ("il est écrit qu'une mouche se pose sur la 3ème phallange du 2 ème spectateur en partant de la droite") et liberté totale ("Et là Jesus lui refile un pain monstreux parce qu'il aime pas se faire emmerder le fils de Dieu !") dont tu parles. Une idée sur la raison de ces "libertés" ?
Bref, un film qui ne m'attire pas du tout. J'ai l'impression qu'au lieu d'avoir produit une oeuvre subtile et qui fait réfléchir en proposant des interprétations sur les SYMBOLES contenus dans les Evangiles, Mel Gibson nous attrappe la tête et nous oblige à y voir LA vérité (Pierre a renié 3 fois, c'est comme ça... On ne cherche pas à comprendre pourquoi 3 et pas 2 ou 4.). Ca me semble un peu dommage tout ça. Et puis La Passion du Christ façon Wes Craven, c'est pas trop mon truc.
'tention, j'ai bien précisé que ce texte n'était pas de moi, je n'aurais jamais eu les connaissances ni ne serait-ce que la patience d'écrire tout celà.
Et n'ayant moi non plus pas vu le film (je ne compte d'ailleurs pas y aller, je suis une petite nature) et étant loin de posséder les connaissances en théologie de mon pote (d'ailleurs c'est lui aussi un athée convaincu) je ne saurais dire si sa lecture est juste.
"With reasonable men, I will reason; with humane men I will plead; but to tyrants I will give no quarter, nor waste arguments where they will certainly be lost."
-William Lloyd Garrison (1805-1879)
Miteuses ce n'est pas du tout le mot qui convient
Elles sont très belles, bien entretenues, etc... mais j'ai une préférence pour celles de Fribourg et Lausanne... c'est purement personnel
Pis il y a également une raison pratique... je suis beaucoup plus tranquille pour aller voir un film loin de Neuch !!! En effet, ici, impossible de ne pas tomber sur des amis et après ça donne un film gâché !!! Ils ont le don de se taper l'incruste et de faire les cons tout le long du film, attroce !! Moi quand je vais au ciné c'est pour voir un film, pas pour faire le con, y'a d'autres endroits pour ça
Mais eux ne l'entendent pas de cette oreille... je préfère donc aller voir mes films tranquillement avec une ou deux copines, loin de Neuch
Enfin tout ça n'étant pas du tout le sujet je crois qu'il faut en rester-là
les racailles de suisse, mon dieu, les effrontés
sinon j'aurais vite fait de les remettre à leur place, mais je suppose de toute manière qu'ils ne vont pas voir les memes films que moi.
"Le matin, j'émerge de mes rêves le plus heureux des anges, je me couche le soir en vrai salaud. Qu'ai-je fait entre temps? J'ai fréquenté les hommes et fouillé dans leur merde."
Aaaah, il est toujours intéressant d'avoir l'opinion d'une personne qui a de vastes connaissances en théologie. Malheureusement pour moi, je n'ai que de très vagues idées concernant la Bible et mon maigre savoir en la matière ne me permet pas de critiquer dans le détail la narration que nous propose ici Mel Gibson. Je tenterai donc d'apporter un avis nettement plus axé sur la réflexion profonde du film et l'utilisation des procédés classiques du cinéma américain par celui-ci.
Primo, il y a une chose qui m'a énormément frappé après le visionnage de la Passion du Christ. En effet, comme le dit ton pote, il est très difficile de se faire une opinion du film et, de surcroît, le traditionnel bien/pas bien me semble ici peu pertinent.
Il y a de multiples raisons à ce fait, et je vais donc tenter de les rassembler de façon succinte.
-Il est une chose particulièrement étrange avec ce film, et cela tient pour beaucoup dans l'utilisation de l'outil cinématographique. Mel Gibson semble avoir voulu mixer un film très personnel sur un sujet qui lui tient à coeur avec un film d'horreur de série B. Je m'explique : ce dernier a voulu représenter les différents pulsions (haine, désarroi...) du Christ par des sortes de démons tout droit sortis d'un quelconque HellRaiser. A une narration traditionnelle viennent donc se greffer différents plans hallucinants où le but avéré du réalisateur est de faire sursauter une salle de cinéma peu préparée à tomber sur de telles scènes. A vrai dire, l'effet produit par ces dernières me semble non seulement déplacé mais surtout très irrespectueux.
J'ai vu quantité de films d'horreur ces dernières années et, non pas que ce genre soit le seul qui reçoive grâce à mes yeux, je dois bien avouer qu'au contraire de la théologie, je suis incollable en la matière. Tout ceci pour dire que, même si je ne sursautais pas durant ces plans, je pouvais ressentir le malaise de mes "collègues de salle" et, très franchement, je doute qu'ils aient payé pour voir cela.
-En ce qui concerne la violence de l'oeuvre, il est indéniable que tout ce qui a été dit sur ce sujet est vrai : obscène, omniprésente, accentuée par l'usage du ralenti à outrance, il semble qu'il s'agisse du thème principal du film, tant Mel Gibson joue avec la caméra pour rallonger la sauce au moment de la flagellation et de la crucifixion. Pour ma part, je crois que la seule scène vraiment insoutenable pour un public "normal" (pas pour les tarés comme moi qui rigolent en regardant Cannibal Holocaust) est très franchement le "ralenti-sur-clou-qui-traverse-la-main". A croire que le réalisateur retire une certaine jouissance à filmer tout ce qui fait se dresser les poils sur le corps du quidam lambda.
-La vérité historique est, quant à elle, sujette à débat, et je peux très largement le constater en regardant les critiques que certains de mes amis ont fait du film. Néanmoins, je dois aussi reconnaitre que la Passion du Christ se veut la mise en image d'une oeuvre ésotérique, pour ne pas dire "mythologique". En ce sens, libre à chacun de voir/croire et je pense très franchement que la vision de Mel Gibson ne peut être critiquée du point de vue de la reconstitution historique. A vrai dire, le fond de l'histoire n'aurait pas plus de pertinence dans une oeuvre qui tiendrait debout par sa recherche systématique du fait réel. Il n'y a qu'à voir le parti-pris net de Scorsese pour le personnage de Judas dans la Dernière Tentation du Christ afin de se rendre compte du bien-fondé de ce que j'avance.
-Dernier sujet "brûlant" : l'antisémitisme notoire du film. Là, il va me falloir prendre des pincettes car mon opinion pourrait mal être interprétée. En fait, je n'ai pas trouvé le film antisémite et cela, pour plusieurs raisons : certes, il est indéniable que l'accent mis sur la qualité de "peuple déicide" des sémites est net dans la première partie du film. MAIS, comme pour tenter de contrebalancer cette dernière, le propos de Mel Gibson est bien plus venimeux à l'encontre des Romains durant la flagellation ou encore la crucifixion. A partir du moment où le Christ est emmené pour être châtié, le réalisateur met l'accent sur les regrets que ressentent certains Juifs à voir que Jésus est traité de la sorte. Ainsi, une femme juive vient lui apporter à boire par pitié et un homme l'aide à porter la croix. Tout ceci pour dire que se contenter de juger un film sur les 45 premières minutes me semble assez irrespectueux. Certes, la caméra de Mel Gibson est parfois maladroite et peut laisser libre cours à des interprétations douteuses, mais, à la question "le film est-il antisémite?", je crois pouvoir répondre par non.
-Enfin, je souhaiterais vous faire part d'une dernière pensée qui trotte dans ma tête depuis que j'ai visionné ce film. Toute l'histoire religieuse chrétienne est basée sur ce mythe de l'expiation des péchés dans la douleur par le Christ, afin de racheter notre salut (le fameux "Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font"). En appuyant fortement ce thème, je crois que l'oeuvre de Mel Gibson rend en partie hommage, maladroitement, à ce point. En fait, j'ai la nette impression que ce dernier a cherché à faire renaître de ses cendres le fondement-même du mythe, plus ou moins passé à la trappe depuis un certain temps et remplacé par de multiples niaiseries qui, dans nos sociétés, font plus sourire que pleurer. (Amis chrétiens, ne m'en voulez pas ! ) En ce sens, je crois que La Passion du Christ est un film dérangeant pour les personnes qui croient en ce message d'amour sans contrepartie et qui ont oublié sur quoi il s'est bâti, à savoir, la souffrance physique et morale. Ce n'est donc pas si mal.
PS : C'est vrai, la scène finale de la resurrection est très franchement risible et la crédibilité du film est nettement rabaissée par ce "to be continued" indigeste.
Dernière modification par BrOthErHooD, 04 avril 2004, 16h51.
Exclusif, les Gothiques sont des produits de supermarché : pour les rendre présentables, on est obligé d'investir dans l'emballage et dans la musique d'ambiance.
Quel dommage que je ne puisse participer au débat, ou ne serait-ce que me faire un avis, vu que je n'ai pas vu le film.
Je suis en train de rassembler tout mon courage afin d'aller éventuellement le voir prochainement, mais j'ai bien peur de sortir de la salle avant la fin (et oui, je l'ai dit, je suis une petite nature).
De plus je n'ai pas trop envie d'y aller tout seul et tous mes amis l'ont soit déjà vu, soit ne compte pas aller le voir. Et je ne parle pas de ma copine qui était déjà blême au vu des extraits au JT
Enfin bon, on verra bien.
"With reasonable men, I will reason; with humane men I will plead; but to tyrants I will give no quarter, nor waste arguments where they will certainly be lost."
-William Lloyd Garrison (1805-1879)
Intéressant.
Pour l'anti-sémitisme c'est vraiment une accusation stupide. Il faut oublier ce débat là. Je crois même qu'il a démarré avant que le film sorte, donc c'est peut-être fondé sur l'éducation de Mel Gibson (son père étant du genre extrémiste je crois) plutôt que sur son film? En plus c'est comme si on disait que les films sur WW2 nourrissaient une haine anti-Allemands. Enfin pour moi ça revient au même...
Pour la violence c'est pas nouveau, Mel Gibson a déjà montré dans ses autres films que pour lui un héro qui endure des atrocités est plus fort qu'un héro qui sait manier la mitraillette. cf. Pay Back par exemple. C'est vrai que c'est efficace mais bon c'est horrible et c'est pas ce qu'il y a de plus poignant. J'ai vu Le Pianiste (excellent!) récemment sur Canal + et ya des scènes filmées d'une fenêtre comme si on était vraiment témoins, et ça a vraiment son effet. Donc pas besoin de tomber dans le gore.
Moi j'irai pas voir le film, je trouve que c'est déjà plus de fric que Mel Gibson ne mérite. En plus j'ai vu aux infos (via le zapping) qu'ils vendent des clous comme produits dérivés?!? J'ai pas lu la Bible mais bon je pense pas que Jesus aurait apprécié
Enfin, si vous voulez un vrai film qui dit toute la vérité sur Dieu & Co., louez Dogma en DVD lol
Dernière modification par Hibernatus, 07 avril 2004, 17h10.
Provient du message de BrOthErHooD (pas pour les tarés comme moi qui rigolent en regardant Cannibal Holocaust)
Je sais pas ce qui se passe en ce moment, mais j'ai jamais entendu parler de ce film pendant 20 ans et je le vois partout ces 2 dernières semaines...
Sinon, cette orientation dont tue parles Brotherhood s'appelle le dolorisme (En gros, la souffrance ne doit pas être évitée, au contraire même, elle sauve l'humanité). Il se trouve que c'est un peu passé de mode dans la christianisme actuel... Mais à l'époque, ça avait sacrément de succès. Du coup, je pense que ce film a quelque chose comme, euh... 100 ans de retard (pas loin quoi...) ?
@Hibernatus : le papa de Mel est effectivement un joli salpard révisionniste. Du coup, c'est clair qu'on attend le fiston au tournant.
Ah oui c'est vrai que c'était à la mode ça.
Je me souviens chez mes grands parents il y avait un tableau représentant un martyr chrétien (un moine catholique je crois, enfin j'y connais rien à ces trucs), avec sur les bords plusieurs images représentant chacune un supplice. Donc tu vois comme dans une BD le moine se faire noyer, brûler, écarteler, ...
Peut-être que Mel a le même genre de tableaux chez lui
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