MEGA SPOILER
Je le répète : le sommet d’Harry Potter en terme de construction d’intrigues et de surprise, c’est indéniablement le tome 4. Une histoire se divisant en plusieurs sous intrigues parfaitement maîtrisées dans un bouquin sans un mot de trop.
L’usage des armes (Iain M. Banks) : Cheradenine Zakalwe est l'un des agents les plus efficaces de la Culture, cette immense société galactique, pacifiste et redoutable, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Partout où la Culture entend faire régner sa bienveillance, c'est-à-dire son ordre, Zakalwe se montre un chien de guerre irremplaçable. Mais est-il seulement celui qu'il croit être ?
L’univers est indéniablement cohérent et il y a même des touches d’humour avec les IA des drones et des vaisseaux, à la personnalité bien trempée. Iain M. Banks connaît également son travail de romancier, donnant à son ouvrage une forme complexe, un peu gadget à mon sens (le passé de Zakalwe se déroule à l’inverse de la chronologie, en alternance avec son aventure actuelle, racontée dans l’ordre classique). C’est un joli tour de force, difficile à suivre au début, et d’un intérêt tout relatif. J’ai toujours du mal à abandonner une histoire pour en lire une autre n’ayant pas de rapport direct, car les chapitres concernant le passé de Zakalwe pourraient être autant de nouvelles.
Enfin, je trouve que le style de Banks souffre d’une certaine lourdeur. Il lui arrive de faire des métaphores hautement poétiques mais surtout hautement incongrues et dénuées de sens, comme s’il entrechoquait les mots pour produire un joli effet. De plus, Banks ne fait pas dans la sobriété et la concision. Il n’hésite pas à surcharger son bouquin de descriptions pleines de couleurs et de mots compliqués. Par exemple, pour dire : « il pleut », Banks va décrire la pluie sur les toits, le crépitement, la couleur des nuages, la forme des gouttes, le tout pendant 30 lignes. Bref, quelques réticences, mais un bon bouquin malgré tout.
Dans un style totalement différent :
Le livre d’un homme seul (Gao Xingjian) : Un grand roman dans lequel douceur des souvenirs et de l'enfance, amours, érotisme, anxiété, et errances et surtout violence politique et terreur dans une Chine en ébullition (l'époque de la "bande des Quatre") se mêlent sans fin pour former la plus humaine des fresques, celle d'un artiste qui a fui pour dénoncer "l'abomination du régime communiste" chinois et travailler librement. L'auteur est lauréat du prix Nobel de littérature, en 2000.
Un témoignage édifiant sur la « révolution culturelle » chinoise, véritable machine à broyer les individus, pour les formater sur un même moule, les réduire à une fonction, un slogan. Ainsi, dans cet univers, les fermes de rééducation par le travail manuel et autres « autocritiques » semblent des plus naturelles. Si un homme s’éloigne de la norme, il devient immédiatement un « monstre », un « chien de rebelle », un « élément antiparti » et autant dire que son avenir s’avère sérieusement compromis. Les antécédents familiaux pèsent lourdement dans le dossier de chacun ; une faute commise un demi-siècle auparavant par un parent peut causer la perte de sa descendance… Quant aux fils de propriétaires fonciers, ils sont tout simplement des moins que rien, soumis à une sévère rééducation. L’auteur se voit contraint de vivre sous un masque, le masque du parfait « camarade », camouflant la moindre de ses pensées. J’ai beaucoup aimé toute la partie se déroulant en Chine ; ce témoignage sidérant digne du 1984 d’Orwell... Un peu moins les soliloques parfois nébuleux de l’auteur, dans les chapitres alternés. Ce livre fait également la part belle à la recherche littéraire avec notamment un travail sur le pronom personnel, je, tu, il, utilisé pour une seule et même personne.



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