Deux mois avant sa sortie en France, Le monde de Nemo, le nouveau film des studios Pixar, est en train de devenir un des plus grands succès du cinéma… sur le net.
Mis en ligne en version française (en fait, en version canadienne) depuis la fin août sur une copie de grande qualité, le film distribué par Disney battrait tous les records de téléchargement chez les internautes hexagonaux. Il a été rejoint récemment par Kill Bill Volume1, le nouveau film de Tarantino, disponible en f.r. sur le net un mois avant sa sortie en salle, le 26 novembre prochain. Depuis quelques mois, la piraterie des films sur Internet est devenue un phénomène de masse dans l’hexagone. Et ce n’est qu’un début… Le nombre des abonnés à l’Internet haut débit (indispensable pour télécharger les films) est en train d’exploser. En 2002, on comptait en France « seulement » 1,6 millions d’abonnés haut débit, ADSL et câble confondus. Ce chiffre aura doublé à la fin de l’année 2003, dépassant allégrement la barre des 3 millions d’abonnés. L’Idate, qui vient de publier ses prévisions pour le développement du haut débit en Europe, table sur 5 millions d’abonnés en France à la fin 2004 et plus de 8 millions à la fin 2006. Sachant que la principale motivation d’abonnement est le téléchargement de musiques et de films, il y a clairement péril en la demeure.
Dans le contexte actuel de forte baisse de la fréquentation des salles obscures en France, l’inquiétude grandit chez les professionnels du cinéma, exploitants en tête.
« Le piratage représente un danger vital pour les industries du loisir, souligne Olivier Snanoudj, délégué général de la FNCF (Centre National du Cinéma français). On a vu les ravages qu’il a provoqués dans l’industrie du disque. Les conséquences sont à la puissance 10 dans le cinéma, qui (contrairement à la musique) vit sur peu de titres et de gros investissements. En ce qui concerne la baisse de fréquentation, il est difficile aujourd’hui de pondérer entre la faiblesse des films, la montée en puissance du DVD et la piraterie. Autrefois, on pensait que l’influence des téléchargements sur le net était marginale. Aujourd’hui avec le développement du haut débit, la lutte contre le piratage doit devenir une grande cause. »
C’est ce à quoi s’emploie Nicolas Seydoux, président de l’Alpa, l’Association de lutte contre le piratage audiovisuel, depuis juin 2002, alertant sans cesse les professionnels, du congrès des exploitants jusqu’au Rencontres de Beaune la semaine passée. Restructurée ces derniers mois pour mieux lutter contre la piraterie Internet, l’Alpa a fait du sujet sa priorité et remporté la semaine passée une victoire importante.
Après une enquête de plusieurs semaines, les limiers de l’association ont découvert le Français qui a, le premier, mis en ligne Le monde de Nemo en v.f. sur le net. L’internaute, qui avait récupéré le fichier vidéo auprès d’Américains et la bande son auprès d’internautes canadiens, a été interpellé par la police le 30 octobre dernier en banlieue parisienne. Les enquêteurs de la brigade centrale de répression des contrefaçons industrielles et artistiques ont découvert à son domicile 700 films sur disque dur et 730 films sur CD-Rom, ainsi que du matériel de gravure DVD.
« C’est la première fois en France que la personne qui a mis la première un film sur le net est arrêtée, souligne Frédéric Delacroix, délégué général de l’Alpa. En avril dernier, nous avions fait fermer edonkey.divx.com, le plus gros site français, qui comprenait 3 000 liens vidéo. Plusieurs autres sites sont actuellement dans le collimateur. »
Cette opération exemplaire ne doit pourtant pas masquer les énormes difficultés de la lutte contre le piratage des films sur internet. En France, les obstacles sont d’abord juridiques. Aujourd’hui, par exemple, la Cnil interdit de collecter automatiquement les adresses IP des internautes qui déposent des fichiers sur le net. Et la loi sur l’économie numérique, qui devrait permettre de surmonter certains de ces obstacles, n’est toujours pas votée à l’assemblée nationale. Les solutions techniques pour traquer les pirates sur le net existent, mais demandent des moyens financiers et humains très importants.
Enfin, les opérateurs de télécoms, qui jouent à plein sur l’attrait de la musique et des films sur Internet pour vendre des abonnements haut débit ne sont-il pas les premiers bénéficiaires de la piraterie ?





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