Il y a quelque chose que j'ai toujours adoré chez George Miller, c'est la manière dont il assimile les voitures à des instruments de musique dans les Mad Max. Et les vrombissements des moteurs ne m'ont jamais paru aussi musical que dans ce film. J'ai eu l'impression d'entendre une longue partition avec une maitrise extraordinaire des tensions et du rythme. Le montage, les cadrages, l'authenticité des décors font ressentir profondément cette musicalité.
Ce film est habité, pas seulement à travers la passion du cinéma qu'il véhicule, mais parce qu'il est profondément contemporain, dans la manière dont il aborde et évoque ses thématiques. On en a vu des fables écologiques, des plaidoyers féministes, des réflexions sur le fanatisme religieux, l'aliénation, la misère humaine. Les films qui m'intéressent n'assènent en général pas de discours, ils posent des questions - encore devraient-elles rendre compte de la nuance dans la réflexion, et être matérialisée par des idées simples (pas simplistes) pour être captées. C'est de la rhétorique cinématographique. Et c'est ce que fait si bien Mad Max.
Quand je vois tous les films à gros budgets qu'on nous sort chaque année, on se rend compte combien la plupart n'ont que bien peu d'énergie créative et tout simplement d'idées après avoir vu ce film. J'ai attendu Fury Road pendant 10 ans, et alors qu'il avait cessé d'être l'arlésienne, je n'en attendais finalement plus grand chose. Quelle surprise. Ce film est magnifique, et c'est pour ce genre de film que j'aime le cinéma.
Je voudrais souligner que quand j'entends parler d'unanimité critique comme c'est le cas ici, j'y vois souvent le signe pas forcément rassurant d'une certaine consensualité dans les choix d'un film (même si cela ne constitue pas un gros mot pour moi). Pourtant, c'est à mon sens la véritable singularité de Fury Road qui fait consensus. C'est finalement assez rare pour être relevé.
J'ai par contre été très peiné d'apprendre les dégâts sur l'environnement qu'à causé le tournage du film dans le désert de Namibie. Vu les conditions requises par le tournage, j'aimerais bien savoir si on aurait pu se passer de cette catastrophe, et de l'ironie assez affligeante qui s'en dégage par rapport à la sensibilité environnementale du film.



(et qui aurait + sa place dans un brin d'humour, mais ici aussi c'est bien)


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