Lucas n'est pas un faignéant ni un incapable.
Il ne fait pas des films comme tout le monde, c'est tout.
Avez-vous d'abord remarqué que malgré les années, il reste viscéralement en-dehors des modes, des tendances du cinéma ? On lui reproche de ne pas évoluer. Moi je le félicite de faire comme il veut et pas comme le public le veut. Pouvoir faire des films aussi personnels avec un budget aussi gigantesque n'est pas donné à tout le monde (à Spielberg et un ou deux autres en fait
).Lucas a une façon tout à fait à part de considérer les films. Si je vous dis qu'au départ, il voulait faire des études de photographie ?
La conception du cinéma de Lucas, c'est 50% d'images et 50% de son. Le reste, la mise en scène, les acteurs, les dialogues, tout cela compte absolument-pour-du-beurre.
Ses films sont donc axés sur les images signifiantes. Ils sont abstraits, conceptuels (se situant ainsi dans l'héritage kubrickien), plutôt froids à l'image du bonhomme. Ce sont des oeuvres expérimentales.
Et si, en terme de signification de l'image, THX 1138 montrait encore un peu d'inexpérience, l'Episode I et bien plus encore l'Episode II se révèlent d'une maîtrise et d'une richesse extraordinaires. J'ai ainsi réussi à interpréter une scène de l'Episode II, qui passait pour fort peu importante, de QUATRE manières différentes, toutes valables. Combien de cinéastes sont capables de manier l'image avec une telle aisance ?
C'est sous cet angle-LA qu'il faut voir ces deux films. C'est peut-être mal choisi, faire des films expérimentaux sur la base d'une fiction grand public et populaire, mais c'est ainsi et, tout à fait personnellement, je m'en félicite.
Enfin, ne me dites pas qu'aujourd'hui, de toute façon, le cinéma ne repose que sur les images. Lucas a cette particularité qu'il lance les modes au lieu de les suivre. Lui et ses condisciples de l'école Coppola (Scorcese, De Palma...) sont les premiers, dans les années 70, à avoir revalorisé la place de l'image au cinéma. Les années venant, l'idée a dégénéré et s'est bêtement transformée en saturation visuelle. Lucas est bien le seul à tirer quelque chose de cette domination totale de l'image.
Car s'il accumule les effets spéciaux, c'est dans deux buts: d'abord, s'amuser. La course de Pods, c'est son jouet cinématographique dont il rêvait, lui, fan de bolides (les sons des pods proviennent d'un moteur de F1), de science-fiction et des péplums style Ben-Hur... Il voulait faire partager ses passions avec le public, et il a réussi. Se faire plaisir, vous savez ce que c'est ?
Le second but, c'est de pouvoir représenter de manière la plus large possible ses images signifiantes. Les effets spéciaux permettent de les rendre plus expressives, donc d'améliorer leur capacité à signifier quelque chose et même plusieurs.






Commentaire