Lors d'une honnête partie de jambe en l'air, voilà que votre partenaire vous transforme en vampire. Vos premiers pas dans le monde des ténèbres seront hasardeux. Le prince Lacroix, chef de la camarilla, tue votre géniteur sous vos yeux, et s'apprête à faire de même avec vous, au nom du respect des lois. Par chance, Nimes, figure importante du clan anarch, proteste. Vous voilà donc sauvé de justesse. Lacroix décide de vous transformer en vampire à tout faire. Les autres clans ne se gênent pas pour vous utiliser suivant leurs intérêts. À vous de tracer votre sillon dans ce nid de serpents, grouillant de machinations...
Vampire : the masquarade : bloodlines peut aisément concourir dans la catégorie de « jeu le plus buggé de tous les temps ». À coup sûr, on le retrouverait sur le podium. Le jeu n'a pas été achevé correctement, c'est une évidence. Les esprits chagrins grognent aussi devant l'aspect technique, qui n'exploiterait pas bien « le moteur de half life 2 », les combats approximatifs, et les zones d'exploration, trop réduites pour un RPG. En effet, il ne faut pas espérer faire du canasson sur des plaines immenses comme dans un Elder Scrolls ou autre. Là, vous serez confiné dans un environnement urbain, se limitant à quelques rues et à quelques quartiers. Bref, un joueur avec le balai dans le cul du jugement technique, peut se montrer impitoyable : bloodlines regorge de défauts.
Et pourtant, ce jeu est superbe. Il laisse comme une petite musique sanglante en tête, un goût pour la nuit et ses secrets, qui donne envie d'y revenir, sous les traits d'une autre créature maléfique. Bloodlines est la preuve que l'art - dans les jeux vidéo comme ailleurs - n'est pas une addition mathématique de qualités, avec soustraction des défauts. Il s'agit d' un ensemble, parvenant à créer une œuvre singulière. Mais qu'y a-t-il de si bien dans Bloodlines ? L'atmosphère, d'abord. Le jeu entraine votre personnage au cœur de la vie noctambule, au milieu d'une faune des plus inquiétantes. Entre les p*utes et les clodos, vous croiserez maintes formes de la déchéance et de la perversion humaine. Des cinglés, des fous criminels, des vicieux, une engeance errant dans la moiteur des clubs de striptease ou l'obscurité des égouts. Voilà pour le décor. Une musique envoutante et des doublages (en anglais) de très bonne facture vissent cette ambiance délétère à chaque écran du jeu.
Côté personnages, Bloodlines ne vous décevra pas non plus ; chaque rencontre réserve son lot de surprises. On se rappellera longtemps des jumelles perverses Thérèse et Jeannette, ou encore de la capiteuse VV, poétesse de l'amour. Il n'y a pas que des vampirettes sexy. On croise aussi Jack, un ancien pirate avec qui l'on prend plaisir à tailler une bavette, Gary, un nosferatu farceur qui vous propose des posters « rares » en échange de quelques menus services... Bref, de vrais caractères joliment dessinés, jamais fades, et servis par des dialogues travaillés.
Univers cohérent et solidement développé, Bloodlines vous plonge dans les luttes de pouvoir d'un Los Angeles à l'avenir incertain. Entre les anarchs qui cherchent à maintenir un état vampire libre, la camarilla désirant imposer sa loi, les étranges Kue-Jin, sortes de vampires asiatiques venus manger le sang des Français (enfin, des Américains). Le joueur se trouve plonger dans un imbroglio politique, fait de trahisons et de manipulations. Jeune vampire, aussi innocent que peut l'être un suceur de carotides, le joueur aura bien du mal à faire le tri entre alliés et ennemis, bons et méchants (concept erroné ici). Jusqu'à la dernière ligne droite, débouchant sur cinq fins possibles, où il devra choisir son camp...
Côté gameplay, Vampire : bloodlines se situe à la croisée de plusieurs genres, sur fond de RPG classique. On y reconnaît un aspect survival-horror comme dans la magnifique quête de la maison hantée. Au cours de son exploration, le joueur découvre des documents lui relatant les sordides événements. Un système qu'on retrouve lors de la quête du malkhavien fou, la (trop) longue exploration des égouts... Le jeu flirte aussi avec l'infiltration, pour certaines misions délicates. Les combats avec arme à feu se déroulent plutôt en mode FPS, alors qu'on préférera la troisième personne pour les combats de mêlée. Le jeu peut d'ailleurs se diriger en FPS ou non, au choix. Cela dit, les combats ne sont pas la partie la plus captivante de Bloodlines, même si l'emploi des pouvoirs vampiriques apporte une touche d'originalité. Bon nombre d'entre eux peuvent s'éviter en jouant la carte de la finesse. En utilisant ses capacités pour le crochetage ou l'informatique, par exemple, ce qui permettra d'obtenir certaines informations (en fouillant les mails personnels des gens). Autre grande réussite : le système de dialogues. Suivant votre niveau en séduction, intimidation, persuasion, vous aurez droit à des répliques de couleurs différentes, permettant d'atteindre certains objectifs de façon pacifiques. Il y a toujours plusieurs façons de terminer une quête... Cependant, les combats « obligatoires » sont très nombreux, et ça s'aggrave vers le dernier tiers. Un joueur misant uniquement sur ses capacités sociales ne pourra pas s'en sortir, ou alors en souffrant beaucoup. Enfin, autre point remarquable, l'expérience ne s'acquiert pas en bourrinant, mais en résolvant les quêtes. Et bien souvent, la méthode douce rapporte plus de points... Vos décisions, cruelles ou honorables, affectent votre humanité. Plus la bête prend le pas, plus vous devenez incontrôlable, en cas de manque de sang.
En conclusion : Vampire the masquarade Bloodlines est loin d'être un jeu parfait, c'est entendu. Il n'en reste pas moins fascinant, addictif. Il parvient à dépeindre un univers adulte et poisseux, très séduisant, car débarrassé de toute considération morale . Une fois fini, une seule envie : recommencer l'aventure avec un nouveau vampire, les sept clans proposés, aux caractéristiques très différentes, offrant un potentiel de rejouabilité non négligeable (un horrible nosferatu n'ayant pas les mêmes atouts qu'un toréador beau gosse). Pour pallier aux multiples bugs, il existe des patchs amateurs développés par des braves ; une communauté de fans très active améliorant sans cesse le jeu. Vampire the masquarade Bloodlines ne plaira pas à tout le monde, mais plaira beaucoup à certains. 17/20




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